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Château La Chenevière : en Normandie, le luxe d’une histoire que l’on aimerait faire sienne

Emmanuel Lupé Rédacteur en Chef par Emmanuel Lupé Rédacteur en Chef
20 octobre 2026
dans A la une, Voyages
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Durant notre recherche automnale des plus beaux endroits où passer quelques jours en basse Normandie, nous avons trouvé un endroit pour une escapade hors du temps au Château La Chenevière au lieu-dit Escures sur la commune de Commes à une minute de Port-en-Bessin.

Il est des maisons que l’on visite. Et puis il y a celles où l’on rêve de poser ses valises, de ralentir le temps et de se laisser surprendre. À quelques minutes de Port-en-Bessin, entre les plages du Débarquement et les paysages romantiques du Bessin, le Château La Chenevière cultive un art de vivre rare : celui d’un luxe discret, profondément élégant, où la mémoire des lieux se mêle à la beauté d’un jardin extraordinaire et à une gastronomie inspirée par la nature.

Il suffit de franchir les grilles pour comprendre que La Chenevière n’est pas tout à fait un hôtel comme les autres. Ici, la campagne normande dévoile son visage le plus séduisant. Une longue allée, des arbres majestueux, des façades chargées de mémoire et, partout, cette impression délicieuse d’avoir découvert une adresse que l’on aimerait garder pour soi.

Le temps semble s’y écouler autrement. Loin du tumulte, mais sans jamais renoncer au raffinement, cette demeure de caractère invite à retrouver le goût des choses simples, magnifiées par l’élégance. Un accueil attentionné, une décoration qui conjugue charme classique et sophistication contemporaine, une lumière douce qui traverse les fenêtres et vient caresser les matières… Le luxe, ici, n’a rien de démonstratif. Il se glisse dans les détails, dans l’harmonie des lieux et dans cette sensation immédiate d’être exactement là où l’on devrait être.

Mais derrière cette sérénité presque intemporelle se cache une histoire bien plus mouvementée qu’il n’y paraît.

Une demeure normande, mille vies et un destin singulier

Avant de devenir une adresse confidentielle prisée des amateurs de belles maisons, La Chenevière était une terre de travail. Au XVIIe siècle, le domaine vivait au rythme de la culture du chanvre, une plante essentielle à la fabrication des cordages et des vêtements des pêcheurs de Port-en-Bessin. Rien, alors, ne laissait présager la destinée hôtelière de cette propriété.

Au siècle suivant, la famille Gosset s’y installe et fait construire une grande demeure. Peu à peu, l’exploitation agricole se développe et le domaine s’enrichit. À la fin du XIXe siècle, Gustave puis Pierre Gosset entreprennent de transformer les lieux de vie, ajoutant notamment un étage, des balcons en bois et une véranda. De cette époque subsistent aujourd’hui les anciennes écuries, devenues des chambres pleines de caractère, témoins silencieux d’un passé où les chevaux occupaient une place essentielle dans la vie du domaine.

Puis vient l’un des chapitres les plus saisissants de son histoire.

En 1940, la propriété est occupée par les forces allemandes. Ses dépendances accueillent des soldats et des chevaux ; la demeure devient un quartier général pour de hauts officiers, tandis que les communications militaires s’organisent depuis le domaine. Dans la nuit du 4 au 5 juin 1944, à la veille du Débarquement, Armand Lapierre, membre du réseau de résistance Alliance, participe à la destruction des lignes de communication allemandes autour de La Chenevière.

Quelques jours plus tard, le paysage bascule dans l’Histoire. Port-en-Bessin devient un point stratégique pour l’acheminement du carburant nécessaire à la poursuite des opérations alliées. Des canalisations traversent alors le secteur, et une station de pompage installée derrière la maison contribue au ravitaillement des véhicules militaires.

Difficile, aujourd’hui, d’imaginer cette effervescence en contemplant le calme du parc, un verre à la main, à l’ombre d’un arbre centenaire. C’est aussi ce qui rend le lieu si fascinant : sous l’élégance de la demeure sommeille une mémoire profonde, intimement liée à celle de la Normandie.

En 1988, Marie-Françoise et Thomas Dicker rachètent la propriété avec une ambition : faire renaître ce lieu chargé d’histoire et lui offrir une nouvelle vie, celle d’un hôtel de prestige. Le nom de La Chenevière fait écho à son passé agricole, à ces terres autrefois consacrées au chanvre. Une belle manière de préserver l’âme du domaine tout en écrivant une nouvelle page de son histoire. L’établissement rejoint ensuite le cercle de Small Luxury Hotels of the World, avant d’obtenir sa cinquième étoile en 2014.

La métamorphose est accomplie. La Chenevière n’a pourtant rien perdu de ce qui la rend singulière : son authenticité, son ancrage normand et cette élégance qui ne cherche jamais à en faire trop.

Douze hectares pour oublier le monde

Il y a des jardins que l’on traverse. Et puis il y a ceux qui vous retiennent. À La Chenevière, le parc est bien davantage qu’un décor. Il est une destination à lui seul, un paysage vivant qui évolue au fil des saisons et donne envie de prolonger chaque promenade de quelques minutes. Les arbres centenaires y côtoient des essences exotiques, tandis que les floraisons composent, au fil des mois, une succession de tableaux naturels.

Au printemps, les glycines se parent de violet et les roses anciennes déploient leurs nuances délicates. L’été fait éclore les hortensias, généreux et flamboyants. Puis l’automne embrase les feuillages du ginkgo biloba, dont les reflets dorés semblent retenir les derniers rayons du soleil.

On imagine volontiers une matinée passée à flâner dans les allées, avant de s’installer pour un café face à cette nature généreuse. Quelques pages d’un livre, une conversation qui s’éternise, le plaisir de ne rien prévoir… Le véritable privilège est peut-être là : retrouver le luxe du temps retrouvé.

Et derrière cette beauté savamment orchestrée se dessine une aventure familiale. Lorsque Marie-Françoise et Thomas Dicker découvrent la propriété, ce sont notamment ses arbres remarquables qui les séduisent. Ils imaginent alors un jardin à l’anglaise, nourri de leurs souvenirs, de leurs voyages et de leur passion pour les végétaux. Au fil des années, les arbres et les arbustes qui accompagnent leur vie familiale trouvent ici une nouvelle terre d’accueil. Une collection de sauges et de roses anciennes vient enrichir cet univers végétal.

À leurs côtés, Jacques Lerosier, premier employé de l’hôtel et jardinier passionné, contribue à façonner cette identité. En 2010, il crée un premier potager. Peu après, le domaine engage une démarche environnementale qui privilégie le compostage, la récupération de l’eau et la phytoépuration.

En 2012, les premières ruches font leur apparition. Puis le potager s’agrandit, évolue vers la permaculture et devient l’un des piliers de l’expérience culinaire du château. Aujourd’hui, sur plus de deux hectares, légumes, fruits, fleurs et plantes aromatiques sont cultivés dans un esprit de diversité et de respect du vivant. Le jardin bouquetier complète ce petit monde, offrant aux intérieurs des compositions florales au fil des saisons.

Cette nature n’est donc pas seulement belle : elle nourrit, inspire et raconte une certaine idée du luxe contemporain, plus consciente, plus authentique, plus proche de l’essentiel.

Des chambres comme des refuges élégants

Après une journée passée à découvrir les paysages du Bessin, les plages historiques ou les villages normands, vient le plaisir de retrouver sa chambre. À La Chenevière, les trente chambres et suites sont réparties entre le manoir et les anciennes écuries, dont le passé équestre ajoute une dimension singulière au séjour.

Chacune possède son caractère, dans un équilibre subtil entre patrimoine et confort contemporain. Les tons pastel, la lumière naturelle et les grandes fenêtres ouvertes sur le parc composent une atmosphère apaisante, presque confidentielle. Certaines chambres disposent d’un balcon ou d’un jardin privé, comme une invitation supplémentaire à prolonger la douceur des lieux.

Les salles de bains, équipées selon les chambres de baignoires balnéo ou de douches à l’italienne, accueillent les produits de la maison Diptyque. Un détail qui donne au rituel du soir des allures de parenthèse sensorielle.

On est ici dans un luxe qui privilégie l’intimité à l’ostentation. Celui d’une belle literie, d’une lumière délicate, d’un réveil sans urgence et d’une fenêtre que l’on ouvre sur la verdure. Celui, surtout, de pouvoir se sentir chez soi dans une demeure d’exception.

À table, la Normandie se raconte autrement

À La Chenevière, la gourmandise prolonge naturellement l’expérience du lieu. La journée commence par un petit-déjeuner généreux, servi face au parc, où l’on prend volontiers le temps de savourer les premières heures du matin. Le miel produit sur le domaine apporte une touche locale à cette mise en bouche avant les découvertes de la journée.

Puis vient l’envie de passer à table.

Au Botaniste, le restaurant gastronomique, la cuisine s’inscrit dans une démarche qui fait la part belle aux produits de saison, aux circuits courts et aux ressources du territoire. Le potager de La Chenevière, les herbes fraîches, les fruits et les légumes cultivés sur place nourrissent une cuisine attentive à la nature et à ses rythmes. Le restaurant a notamment été distingué par le guide Gault & Millau et sélectionné par le Guide Michelin, tout en s’inscrivant dans une démarche de restauration durable.

L’expérience est différente au Petit Jardin, installé dans l’ancienne orangerie du château, à proximité de la piscine. L’atmosphère y est plus décontractée, sans perdre le charme de la maison. Aux beaux jours, la terrasse nichée dans le jardin devient le cadre idéal pour un déjeuner qui s’étire, une conversation animée et ce plaisir très français de faire durer les bonnes choses.

Deux tables, deux ambiances, une même philosophie : laisser le terroir normand s’exprimer avec sincérité, sans jamais sacrifier le plaisir.

Les chefs du Botaniste Hugo Genty et Didier Robin

Derrière cette identité culinaire, il y a aussi une histoire de transmission. Le premier potager, les ruches, l’essor de la permaculture et l’ouverture du Petit Jardin témoignent d’une évolution progressive, portée par la famille Dicker et par les équipes qui font vivre le domaine. Le jardin n’est plus seulement un espace d’agrément : il participe pleinement à l’expérience gastronomique et à l’identité de la maison.

C’est cette cohérence qui séduit. Ici, le luxe ne se résume pas à une belle table ou à une assiette spectaculaire. Il se trouve aussi dans la provenance d’un produit, le respect des saisons et le lien presque intime entre le paysage et ce que l’on déguste.

La Normandie en majesté, juste au bout de l’allée

Une baignade dans la piscine extérieure chauffée, ouverte en saison, quelques échanges sur le court de tennis, une balade à vélo électrique dans la campagne, un moment de détente ou simplement une longue pause dans le jardin… Les possibilités sont là, sans jamais imposer de rythme.

Le plus difficile sera peut-être de choisir entre partir explorer les environs et rester profiter de la maison.

On vient à La Chenevière pour s’offrir une escapade élégante en Normandie, découvrir les lieux emblématiques du Débarquement ou s’accorder une parenthèse gastronomique. On repart avec quelque chose de plus difficile à décrire : le souvenir d’un endroit habité, vivant, où l’histoire n’est jamais figée et où le luxe prend le temps de se faire oublier.

Peut-être est-ce là le secret des plus belles adresses : elles ne cherchent pas à impressionner à tout prix. Elles vous donnent simplement envie d’y revenir.

Pour en savoir plus et réserver, cliquez ICI.

Par Emmanuel Lupé et visuels © Château La Chenevière.

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