À Saint-Marcel, dans la vallée des Belleville, la gastronomie s’écrit depuis un demi-siècle comme une histoire de famille. En 2026, La Bouitte célèbre ses 50 ans et sa 100e saison. Un anniversaire rare, qui raconte autant la fidélité à une montagne que la capacité à se réinventer.

Tout commence le 4 décembre 1976, sur un ancien champ de pommes de terre perché à 1 502 mètres d’altitude. René et Marie-Louise Meilleur y bâtissent de leurs propres mains leur « petite maison » — La Bouitte, en patois savoyard. À l’époque, on y vient pour une fondue, quelques plats de terroir et la chaleur d’une adresse encore confidentielle. Rien ne laisse présager le destin qui attend ce refuge familial.

Puis vient 1981 et un dîner chez Paul Bocuse. Le déclic. René et Marie-Louise prennent le chemin de la haute gastronomie, sans jamais renier leurs racines. En 1996, leur fils Maxime rejoint l’aventure. Avec lui, une nouvelle énergie souffle sur la maison. Le père et le fils, autodidactes passionnés, vont patiemment conduire La Bouitte jusqu’aux sommets.
La première étoile arrive en 2003. La deuxième en 2008. Puis, en 2015, la troisième : une consécration historique pour un restaurant savoyard, qui inscrit définitivement La Bouitte parmi les grandes tables françaises.
Mais les grandes maisons ne se mesurent pas seulement aux distinctions. Elles se reconnaissent à leur capacité à transmettre.
Le temps de la troisième génération
En 2025, un nouveau visage entre en cuisine : Oscar Meilleur, 23 ans, petit-fils de René et Marie-Louise, rejoint la brigade familiale après avoir fait ses armes dans quelques-unes des maisons les plus prestigieuses de France, du Clos des Sens à Annecy à Flocons de Sel à Megève, de Cheval Blanc Courchevel à Plénitude à Paris.

Son retour à Saint-Marcel marque une nouvelle respiration. Plus libre, plus instinctive, sa cuisine et ses dressages portent le regard d’une génération qui voyage, expérimente et ose, sans jamais perdre le lien avec son territoire. La montagne demeure là, en filigrane, comme une mémoire qui se transforme plutôt qu’elle ne s’efface.
À ses côtés, son frère Calixte, 18 ans, fait à son tour ses premiers pas derrière les fourneaux. Pour la première fois, trois générations de Meilleur se retrouvent ainsi réunies en cuisine.
Cinquante ans après les premiers plats servis dans une petite maison de bois et de pierre, La Bouitte entre donc dans une nouvelle saison de son histoire. René, Maxime, Oscar et bientôt Calixte : quatre générations déjà en héritage, trois en cuisine, et une même idée en ligne de mire — faire évoluer la gastronomie sans jamais perdre le goût de l’essentiel.

À La Bouitte, le temps ne se contente pas de passer. Il se transmet, se cuisine et se réinvente.
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Par Emmanuel Lupé et visuels La Bouitte © Mathieu Cellard.